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340 LE SERPENT Nom tant d’énergie_humaine, de véritable énergie. Tout ce peuple cherche ai se dépasser, par le désir de son Messie. Et il piétine les faibles, il écarte les chétifs, il rejette les malingres, afin que les forts s’enivrent de la vue de cette châsse et de cette mer, comme ils se sont enivrés tout a l’heure dans le libre exercice de leurs appétits... · -—Oui, — répondait-elle essoufllée par l’adniira— tion, - oui...,Voilà les moments queje préfère vivre, saisie par le désir d`une' nation, et qui devient mon propre désir, ma propre ferveur. Mon but, c`est d’exis- ter le plus. Eli bien, depuis que j‘erre en Bretagne, ma vie s’est doublée. Ici j'éprouve les sensations du passé comme j’éprouve à Paris les sensations du présent. Les évocations de l"histoire surgissent par- tout, s’incorporent aux créatures. Ce qui n’était _ jusqu’alors, en mon cerveau, que lettres et images, se transforme en personnes tangibles, en pays réels. Et l’âme du docteur, non plus, n’est pas confinée dans notre époque. Par son caractère de race, il appartient au passé. Par ses connaissances et par son intelligente inquiétude, il appartient à l‘avenir. ll est en dehors du temps. Il n‘est pas bloque, lui, comme la plupart, dans l’époque. Vous, par exemple, vous n’êtes que de votre génération. Lui, il est de tous les temps. Il est avant nous, quand la religion le recon- quiert comme à. cette heure. Il est apres nous, quand son génie prépare les nouvelles vérités de la science. ll est comme éternel, lui!... Elle débita ces folies sur un ton presque agressif, et qui ne souffrait pas la contradiction. Je nie con- tentai de sourire, puis de guider ses pas dans l’avalan- che du peuple qui, maintenant, abandonnait la crête