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338 LE sanrum mom cossues de la paroisse ouvraient la marche. L`une portait la banniere, d’autres leurs parapluies fermes devant leurs tabliers de satin vert a fleurs d’or. Six _ soutenaient, sur leurs épaules de velours clair, les brancards de la civière et du dais à panaches. De la, sainte Anne et sa disciple bénissaient, par un geste héraldique, de jolies touristes en costumes de casino. Les manteaux blancs des dominicaines, les surplis du clergé, les vestes bleues des marguilliers rayonnèrent sous le soleil qui diminuait l’écIat des —cierges innombrables aux mains des pieuses gens. Par·centaines, des garçons se ruaient hors de la chapelle. Ils repoussèrent des filles enveloppées de longs châles marronsjmauves ou roses. Leur bande se dilata, refoula les haies des assistants. Du poing. du coude, avec des faces de colère sourde, ils se frayaient passage afin de rattraper la tête de la pro- · cession, afin de marcher au niveau de la Sainte. Leur ··élan déterminait la multitude qui s'élança, froissa les moires vertes ou cramoisies des Bigoudines. Les pierrots noirs se démenèrent, sauvant de la presse leurs chapeaux à cinq velours. Les mères protégeaient leurs nourrissons contre des matelots unis qui enfonçaient la masse, de coin et d'ensemble, comme a la manœuvre. Des cris de douleur, parmi les cantiques, violaient le vent salin. Les tiares de Pontivy sombraient au fort de la bagarre fervente. Le peuple fleurait encore la friture de la foire. Il se précipitait, mystique, fou, pour respirer l’atmosphère divine émanée des bannières et de la chasse. Les amants s'oubliaient. Les mères et les enfants se perdaient. Tout le vallon se soulevait avec sa surface de vic ` bouillonnante, ses tourbillons de Bigoudines multi-