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‘ LE SERPEM Nom 337 Hein, docteur, qu’il fait bon revivre les heures chères a nos ancêtres, avant que l'odieux protestantisme _ eût contraint a l’hypocrisie leurs libres âmes celtes et latines? Ce qu’ils nous ont transmis d’eux, avec leur sève, cela se souvient en nous-·mêmes, et se délecte à reconnaître les bonheurs d’autrefois. Mon sang chante, mon cerveau s’exalte, mes os tressaillent de plaisir, comme ceux d’une bourgeoise ai l’ép0que de Charles VII. J’ai envie de rire, de danser, d’aimer et de prier, tout ensemble. Sur cette terre de Bretagne, j’ai multiplié singulièrement ma vie avec toutes les vies aïeules qui la conçurent et la formerent... Ah! j`avais faim d’autrefois. Et vous? Sa belle—mere et M m° Goulven répondirent par une moue. Celle—ci regretta le mélange de plaisirs grossiers à la dévotion. Voltairienne, M"*° La Revellière blâme l'union de la licence et du « fanatisme ». Quant au docteur, en quelques mots timides, il approuva tout.» Je fus seul à renchérir avec un peu de fièvre. D’ailleurs, la brutalité de cette foule, dénuée d’ironie pour ses instincts, m’enchantait. La jeune veuve eût dure- ment ressenti l’impress'i0n de solitude spirituelle et d’l1ostilité ambiante, si les volées de cloches n’eussent appelé tout le peuple à l‘a bénédiction des prêtres. Il nous bouscula vers la porte de la chapelle. Déjà les ` bannières de velours et d’orfroi se balançaient parg dessus le cortège qui serpentait dans un lac de foules grouillantes et murmurantes. La Vierge, sur son panneau d’argent, saint Joseph, sur son panneau de pourpre, et toutes les images sacrées s’avancèrent. Madame Hélène croyait y voir les visages réels de - ce long corps collectif rampant et psalmodiant des cantiques. En robes d’azur et d’argent, les fermières