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| - LE sunrsur Nom '335 nos têtes et sur la foule tout écumeuse de ses coiffes blanches, au fond de la campagne riante. Midi, ses splendeurs nous prêtèrent heureusement les motifs de propos esthétiques, gràce auxquels nous dissi- mulâmes, chacun, l’essentiel de nos préoccupations. Le reproche de M'" Goulven ne laissait pas de nuire à mes desseins. Cela me plaçait dans une situa- tion difficile pour la convertir au divorce. A ses yeux. j’étais un coupable, un égoïste, un immoral, une _ canaille. C’étaient là de fàcheuses épithètes a l’heure ` de m’assurer une influence sur l’esprit de la dévote. Je me fusse exercé en catimini à fortifier des argu- _ ments contre son amour jaloux et propriétaire, si la succulence d’un pâté de poisson n’eut alors accaparé l’attention exclusive de mon esprit qui ne néglige, en aucun cas, d’analyser les sensations gustatives, de les commenter, de les graver dans ma mémoire. Le sau- terne mérita le même honneur. En sorte que je fus presque surpris lorsque madame Hélène nous annonça les vêpres. Elle était un peu grise d’avoir, en buvant, loué les teintes de la mer, ls. clarté du pays, le mouvement des · hommes. Trop fréquemment, elle posait des regards langoureux sur le docteur qui démontrait à Gilberte la signification d’une légende. Nous nous levàmes. Les cloches sonnaient au creux de la vallée, Bientôt défilerait la procession parmi ce grouillement de Bre- tons, les uns recueillis, les autres exaltés. Nous redescendîmes a la foire. J oueuses, les Bigou- .-dines y régnaient. Leurs figuressaures, épanouies, riaient sous la petite mitre. Azur,.verts ou cramoisis, les beaux rubans se froissaient à leur oreille gauche. · Leur cortège de gars, de matelots. et de soldats se