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` ` \ 330 LE sauveur Noni — oreilles étourdies. La liesse de ce peuple gagnait mes .sens, éblouissait ma sagesse. — Voyez donc! —criai-je à mes amis, — voyez ' comme vivent ici vos Bretons! Ce ne sont plus des caniches doucereux et importuns, mais des bêtes ` ardentes, grossières, opiniâtres et lutteuses. A la— bonne heure! Voilà des'hommes et des femmes, sans dégoût de leur vérité. Hein, Goulven‘?... Allons, lance-toi aussi parmi les couleurs de ces moires écla- tantes qui volent à l’0reille des Bigoudines, dans les odeurs de ces fritures, dans les sons` de ces musi- ques féroces faites pour exalter les énergies du crime même. — QMais où donc est l’église"? — interrompit Mm°Goulven. · L’édiûce de Sainte·Anne émergeait à peine au milieu du campement de fête, entre les milliers de tapissières boueuses, de tilburys crottés, de calèches dépenail· lées, de véhicules disparates enchevètrès là, comme durent s’accoter, jadis, les grands chariots, aux heures de halte, pendant les migrations celtiques en route depuis les steppes d’Asie jusque vers les forêts de la Germanie et les rivagesde l’Océan. L’architecture basse ne dépassait guère les faîtes des tentes, ni les limons levés des voitures. Quelques arbres mas- ' quaient aussi le toit. Seul le clocher à jour pointait dans le ciel, avec son pinacle fluet, dont les cloches en branle ne couvraient plus les vacarmes de la terre. .· Nous fûmes dans l’enceinte qui clôt le jardin sacré. Sur les marches du vieux calvaire, des paysannes s’étageaient. Au bout de ses bras, la croix de pierre arborait les statuettes de saints personnagesverdis et moussus comme la Vierge centrale qui conservait