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) . ? _ LE SERPENT Nom 329 massacraient, à coups do pelotes, la noce de marion- nettes flasques en étal le long d’une baraque multico- lore. Les courtes jupes de bure noire voltaient sur les croupes considérables. Maints garçons en costume Watteau houspillaient les douzelles aux larges man- ches. Ils les poussaient sous les tentes oi1l’on débitait du cidre. Ils les asseyaient sur les bancs de bois brut, devant des tables hranlantes, mais garnies de gâteaux jaunes et de miches brunes. Les figures s’épanouis— saient. Les gestes des séducteurs assaillaient les , tailles. Des baisers claquaient sur les joues râpées par les brises salines des grèves. Les orgues de Barbarie psalmodiaient des valses. Les chanteurs proféraient leurs refrains en offrant, a la ionde, les images des complaintes. Du haut_ d’uno estrade, un empereur romain invitait quelques Lorien·taises à pénétrer dans- son théâtre, que gardaient des légionnaires casqués et cuirassés de laiton. Des vestales en maillot de coton rose agitaient leurs mains sales. Ailleurs grondaient les grosses caisses, hnrlaient les musiques. Sous le poids des ûlles chatouilleuses, les chevaux de bois tournoyaient. Tout le camp forain était en efïerves- cence. Les bohémiennes glapissaient. Les photogra- phes discouraient. Des amoureuses se débattaient. Les mâles ricanaient et coudoyaient. Les arrivants dételaient leurs bêtes, et les emmenaient a la longe vers des herbages, parmi la cohue amicale qui cares- sait les garrots des pouliches blondes. Cette fièvre saine et franche m’exalta. Tous les instincts piaffaient. Déjà tîtubaient des ivrognes. Déja se cachaient les couples derrière les voitures remisées, leurs bran- > cards au ciel. Les couleurs et les sonorités brutales donnaient l’assaut a mes yeux, à me narines, a mes