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326 LE ssnrrzivr Nom propice, caractérise mon talent. Je préparai les ar- guments suprêmes. Membre nouveau du corps ro- buste au` service de ma volonté, Vautomobile fran- chissait les espaces de cette Bretagne indolente, étalée vers le sole_il, sous le manteau de ses prairies aux troupeaux lents, de ses bocages immuables, de ses moissons uniformes. Je dépassais en mugissant les hautes carrioles a deux roues chargées de femmes lourdes et d’hommes pensifs. Les brides superflues des coiffes et les rubans multiples des chapeaux s’en- volaient. La rêverie de ces gens tardait a comprendre la vitesse du monstre allant au pardon, comme eux, parmi les piétons soigneux de préserver, contre notre poussiere, les broderies éclatantes des gilets et les velours larges des robes. Il convenait que je fusse, dans la vie de cette province sommeillante, l'éclair bref, rapide et prodigieux qui fait sursauter les cons- ciences. Il fallait que ma parole illuminàt la profonde obscurité des cœurs tapis dans _les poitrines des Goulven et des La Revellière. Je leurs découvrirais leur détresse. Ils apprendraient de moi a se dépasser, a devenir des maîtres en éveil, plutôt que de rester des loirs abrutis par l’engourdissement des « bonnes IHCBUPS ». Et je les emportais, mes disciples, dans lallégresse de notre course formidable, qui retentissait au milieu d’un nuage poudreux. Mon cor beuglait pour l’inad- vertance des flàneurs et des amoureux, Finadvertance de tous les irelons maladroits, ces gaillards en manches de chemise qui, la veste au bras et le para- pluie dans l’aisselle, suivaient les châles bruns ou mauves des filles montrant l’en1pois des jupons par- dessus leurs chevilles épaisses.