Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/314

Cette page n’a pas encore été corrigée


LE sanrnnr rraom 309 , avança madame Hélène. Tout être qui me détournerait de ma dévotion me serait importun. Déjà, quand je lis un ouvrage captivant, je déteste ma belle-mère, ma fille méme, au moins une bonne seconde, si elles me questionnent. Je ne m’explique pas comment, plongée sans cesse dans l’adoration de Dieu, tu peux tolérer les incidents même heureux du mariage, et du ménage... Car enfin, en matière de religion, Jean Goulven me semble un indifférent. Cette tirade perfide m’enchanta. Un duel commen- çait entre les deux femmes, dont j’étais le spectateur averti. Devant nous, Gilberte, sa grand’mère et le docteur photographiaient, sans répit, les voûtes, les coins des rues, les troupes de Bretonnes. La couardise de Goulven evitait notre combat. Sous prétexte de guider les opératrices vers les points curieux, et de poster la üllette dans les meilleures lumieres, il se déroba. .l’observai. ' L’épouse ne se mit pas tout de suite sur ses gardes. Elle accepta même assez bonnement de disserter, · sans prévoir la fin de ce colloque tendancieux. Nous marchions lentement. Nous attendions, en cau~ sant, que les chasseurs de paysages eussent terminé _ chacun de leurs exploits. Cette allure seyait a la controverse entreprise sous l’ombrelle de soie blanche à larges raies violettes et sous l’ombrelle de coton beige. M'“° Goulven nous affirma qu’elle per- suaderait son mari de revenir aux pratiques assidues et sincères de la piété. Ce serait son œuvre. Extirper le scepticisme de l’âme chère, puis la conduire vers les béatitudes, quelle tâche délicate! Cette année, le docteur avait communié à Pâques, après dix-sept ans de négligence. A ce souvenir, Mm° Goulven s’anima.