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ua ssnrnivr Nom 305 femmes, quelques écolières pareilles aux person- nages des danses macabres gambadaient sous les voûtes sonores et contournées de la porte. Elles dé- passerent l’indolenee des pêcheurs. Pieds nus, ils traînaient leurs cordages, leurs poulies et leurs filets. Ils offraient le poisson de leurs corbeilles aux ména- gères aecroupies sur le seuil des maisonnettes basses. Mm Goulven demanda le chemin de _l’église à quelques petites filles arrêtées devant la vitrine de l’épiciére pour regarder les sucres d’orge et les images d’Épinal. Sa ûgure maigre ne semblait pas plus expressive que cellesde ces pauvres enfants faméliques. Autant que les privations de la misère et le méphitisme des quartiers sales, mille _peines avaient rendu la femme du docteur anémique, osseuse comme celles de sa. race. La peau jaunie se collait aussi contre les os du crâne. La dévote se plaisait dans cet état ou les instincts, affaiblis avec le sang du corps, sont aisément dominés par l’éner- gie d’une volonté ascétique, désireuse de conqué- rir, par delà les tristes apparences du monde sen- sible, l’illusion du paradis, de ses anges, de ses musiques. En elle, certes, l’esprit triomphait des appétits et des sentiments que suscite leur véhé— mence. Sans grande lutte, elle devait imposer la règle a ses aspirations les plus rebelles, comme les Bretons imposèrent la regle des traditions religieuses et féodales à toutes leurs velléités d`indépendance, par une sorte d’amour atavique tres fort envers leurs lois anciennes. Asile de croyances ou peut, du moins, se réfugier leur imagination terriûée par les périls du large, la mort fréquente des proches, et les voix lugubres de la mer.