Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/293

Cette page n’a pas encore été corrigée


988 Li: sianrnm Nom péties de son malheur sentimental, elle ne manque- rait point de s‘affoler plus, de sentir son incapacité, et, plus tard, de revenir, docile et soumise, vers mes conseils. J’entendais qu’elle épousàt le docteur Goulven préalablement divorcé. Mesurant, au cours de cette intrigue, mes facultés de persuasion, je pretendais à la victoire de ce caprice : cela m’eûtprouvé compléte- ment mon pouvoir de suggestion. D’ailleurs, la tâche ne me semblait pas fabuleuse. Une idéaliste comme Mm Goulven pouvait être convaincue de se dévouer jusqu’au bout pour sau- ver l‘existence de son mari. C’était difficile, même improbable. Ce n’était pas impossible. En tout cas. la tentative me parut digne de mon effort. « I)épasse- toi t0i~méme, et même dans ton prochain », a dit Nietzsche. Il me plut d’interpréter, à ma façon, l’axiome du maitre. _ Dans les ruesde Vannes, je m’attachai spéciale- ment aug; pas. de Mm Goulven. Je la questionnai sur les souvenirs historiques rappelés par ces vieilles maisonsbretonnes dont les étages surplombent les boutiques en retrait, dont les poutres nues et croisées divisent le crépi des façades, dont les faites angu- laires avancent sur la place aux pavés bossus et durs. La tlùnent des soldats empotés, mi—bleus, mi·rouges, comme s’ils étaient encore vêtus de couleurs armo- riales. La femme du docteur se fit rétive. Peut-être devinait-elle 'l’objet des longs propos que je tenais avec sa rivale. Peut«être me reprochait-elle mes galanteries ancillaires. J’échouai complètement. ll me fut impossible d’entamer la question principale. Habilement et vite, elle se débarrassa de tous les