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268 LE sziiruur Nom cueillait une herbe- Déjà la bavette du tablier bleu gardait un bouquet de simples contre sa poitrine plate. Le docteur discutait avec elle les puissances théra- peutiques de ces plantes récoltées aux heures muettes et lunaires.1l resta près d’elle. Les deux silhouettes s’enfoncerent parmi l’obcuritè bleuatre. Elles's’èva- nouissaient dans l`0mbre des grands menhirs, puis renaissaient avec la coiffe branlante et le chapeau de chouan. Madame Hélène, insensiblement, s’èloigna de sa belle-mère et de 181**** Goulven, pour me rejoindre. Je lui üs remarquer combien le docteur appartenait plus à sa race qu'à notre cosmopolitisme parisien.· A le voir près de cette Armoricaine, on ne pouvait guère se souvenir de sa science,'de ses goûts aflinés, , de ses intelligentes amertumes. Il semblait le type même de la plante humaine qui, sur cette lande, avait dû croître, façonnèe par les variations du climat, la limpidite de l’air, les grands vents du large et~le sel de la mer. Côte à côte avec cette paysanne, il était son frère celte, aux jambes hautes et à l’imagination fer- tile en chimères. — Me passez-vous, maintenant, d’avoir voulu séduire la servante de Keryannic, pour mieux apprendre l’hu- manitè du pays breton?... Ne comprenez·vons pas, madame, que l’csprit doive être tente par le besoin de savoir tout de ce pays demeuré dans sa jeunesse d’au- trefois, malgré les siècles?... N’est—ce pas que l’on est curieux de le connaître à fond, et même d’obtenir cette connaissance par l’amour, seul capable de nous livrer entièrement les êtres ?... ` — J'aime un peu cette excuse de vos mœurs. Elle est ingènieusea. Ne vous l’ai—je point déja dit, M. Gui- chardot? Mais vous ne detestez pas les compliments !