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252 LE SERPENT mom mon air comique, une conviction pareille à la sienne. Néanmoins elle nia toute crainte : _ — Je connais trop Jean. C’est une âme généreuse -` et incapable de me trahir, parce qu’il sait mon unique bonheur dans ses mains, parce qu’il me sait peu jolie, sans fortune personnelle, faible et désar- mée.(la lui semblerait trop lâche de m’aba¤donner dans de telles conditions... Oh l je le connais!... — A la bonne heure! — s’écria—t-il. —- Mais tu n'es point telle que tu prétends. Tu te sers_de tes armes naturelles contre moi, en personne qui n’ignore pas les artsde la défense contre des périls chimériques... — M‘“° Goulven te reproche un peu de froideur, — insinuai-je sur un ton de blâme. I — Mais je ne vis que pour elle! Je n’ai pas d`amis! Je les ai tous oubliés depuis mon mariage Je ne connais qu’elle, — répliqua—t-il presque furieuse- ment. i p — Qu’as-tu besoin d'amis‘? —— remarqua—t·elle. —- I Tes amis, ce sont ton intelligence et ton caractere... Ceux—là, je les admire... Craintive, elle capitulait. — Alors tout va bien... Qu’en dis·tu, Guichardot? —_ll me semble!... ` ' Je pensais exactement le contraire. M*“° Goulven venait, a mon avis, d`accomplir un acte décisif. En m’introduisant au cœur de leur intimité, en me mêlant 'à leur sourde guerre, elle avait porté devant un juge le litige occulte jusqu‘alors. Non pour que ce juge _ .rendît une sentence; mais le griefétant exposé devant un tiers, son mari subissait la honte de me savoir initié a leur débat. La sauvagerie de Goulven et son orgueil devaient rendre le châtiment efficace. Il se