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mille francs l’un, payés comptant. Dans mon manoir de Touraine, acquis tout récemment, contre une rente viagère d’une veuve assez phtisique, les entrepreneurs remettaient en état les décorations faites au temps des Valois. Or, ils s’avisèrent que les eaux du ciel, bues par la colline voisine, s’infiltraient dans les caves et menaçaient les assises. Je dus verser une provision inattendue et importante au maître puisatier du lieu qui était assez mal dans ses affaires. Démuni de mon argent, je résolus d’achever la saison dans l’économique Bretagne. Un pharmacien de Quimper, à qui je communiquai ce vœu, tout en réglant les comptes du Régénérateur Guichardot, me cita les personnes de ses relations qui habitaient les plages, et acceptaient des pensionnaires at home. Le nom du docteur Goulven fut prononcé. J’appris qu’il hébergeait, moyennant finance, des personnes honorables dans les appartements de Keryannic, son domaine de Belle-Île, sis au petit port de Sauzon : vue sur la rade et le détroit que fréquentent les pêcheurs de sardines en leurs milliers de barques ; passage constant de vapeurs ; proximité de la mer sauvage à la Pointe des Poulains, etc.

Si discrètement que se trahit cette sollicitation indirecte, je déplorai que Goulven en fût à tenir une manière d’hôtellerie, 1orsqu’il ne naviguait pas sous le pavillon tricolore des croiseurs. Mon estime pour son caractère fléchit tout à coup. Un homme doit savoir tirer, de ses talents, les avantages matériels indispensables à ses goûts. De sa gène, je déduisis que son invention pourrait être acquise à très bas prix. Mais valait-elle l’examen ? Importait-il de passer la mer et de mettre le nez dans les mixtures