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qui, la sachant agonisante, était venue la voir, après le docteur, dans la ferme de Borderune. Déja la mère avait allumé les bougies, et placé le crucifix sur la table, derrière la soucoupe d`eau bénite. Mme Goulven avait obtenu d’emmener la moribonde, en voiture, à Keryannic. Guérie par le sérum du laboratoire, Anne-Marie avait été traitée ensuite comme une filleule, puis instruite dans le métier de camériste et de couturière. On l’avait même sufüsamment gagée pour que le fermier exemptât sa fille d’aller travailler aux sardineries ou l’on attrape des maux de gorge, a cause de l’humidité, et, souvent, les fièvres, à cause de miasmes dégagés par les poissons pourris que l’on conserve en tas, de juin et septembre, afin de les vendre alors comme engrais. Bien plus, Mme Goulven avait admis que sa protégée eût un amoureux dans la flotte, à condition que l’on promît de s’épouser, des la libération. La bienfaitrice espérait même installer la boutique du jeune ménage, après la noce.

Tout à coup Anne—Marie, en pleurnichant, ne se pardonnait plus de m’avoir accordé ses faveurs préliminaires. Ne m’avait—elle pas encouragé, par lier, sans le prévoir, et conquérir les autres, de vive . force? La politesse m’obligeait aux consolations d’un scepticisme affectueux; et la finaude en profitait pour ensevelir ses remords dans nos joies, pendant que son jeune corps instinctif s’y prêtait. L’évocati0n de son repentir lui procurait la même peine que lui fournissait le récit des légendes macabres. La petite Bretonne recherchait ces douleurs légères afin d`accroître, inconsciemment, parle contraste, la valeur de ses plaisirs. Aimer, pour elle, c’était prendre refuge dans la vigueur d’autrui, quand l’assaillaient les fantômes ou les