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` LE SERPENT Nom I 9.33 i ruine d'une maisonnette. Les murs sont encore de bout, mais le chaume fut dérobé pour les feux d’au- tomne, 'par les laboureurs qui déjeunent au milieu des guérets. Là nous apparaissait toute la configura- tion de l'île. cernée par l’étincellement de la mer au I soleil. Les hameaux sont posés au milieu des champs. L’unique bois de sapins, au centre, verdoie. Le phare de Bangor domine l’ouest, avec sa colonne grise l surgie des maisons pour envoyer, la nuit, à quatre- vingts milles, le geste magique de son rayon. Vers la pointe des Poulains, au nord, s’affine la forme de cette terre oblongue, durement éclairée, couverte de moissons prêtes pour la faux et parsemée de bétail qui paît les ajoncs des landes jusqu’aux chaos des ` rochers noirs, jusqu’aux fjords profonds 'où tonne le ressac, ou jaillissent les gerbes liquides. Anne-Marie me laissait a l’ombre de la chaumière détruite et se rendait chez sa mère. ll m`eût en- nuyé de l’y suivre. Alors je déployais mes journaux -de médecine. Je me reposais, assaini, fortifié par cette lumiere rude. Elle désignait nettement tous les proüls des demeures lointaines, leurs façades blan- ches, et aussi les voiles penchées sur l’horizon des eaux, et même, au bord d’une route, deux menhirs moussus. Quels hommes des temps primitifs avaient séché leurs longues chevelures aux feux flamboyant contre ces pierres druidiques? Quelles femmes en robes de goémons avaient mêlé les herbes et les viandes dans les sébiles de granit pour le repas de la horde chasseresse, pêcheuse, dont les enfants aigui- saient les harpons de bronze? Quelles pretresses avaient préparé les simples breuvages salutaires, point si différents de ceux que notre chimie préco-