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LE SERPENT Nom _· `— 231 pommettes pàlissaient sous les taches de rousseur. Alors elle se réfugiait dans mes bras, elle cachait sa face dans ma poitrine. Sans doute, cette peur renforçait, par contraste, la satisfaction de se croire protégée, earessée, chérie. Et c’était le raffinement de cette innocente, soit qu’elle·s’attardat dans ma .chambre de Keryannic, soit qu’elle me pût décider à des promenades sentimentales, les jours où elle allait renouveler la provision d’œu`fs et de volailles chez sa mère, dans la ferme de Borderune, sise non _ loin de la Côte Sauvage qui regarde le large. · Je prenais prétexte de visiter, avec ce guide, les délicieux vallons humides où les `vaches paissent ·l’herbe d’étroites prairies encaissées entre les pla- teaux à cultures. Nous montions d’abord les ruelles abruptes de Sauzon. Je faisais volte-face, en haut, pour contempler, par delà les toits, le port, ses quais où conversaient les groupes des pêcheurs, les barques àl’ancre, les voiles carguées, les deux brise-lames, lephare trapu, puis le cap de blés mûrs surmontant des roches tragiques contre lesquelles accourait la · mer, tantôt sombre et argentée, tantôt bleue et fré- missante, toujours enfumée à l’horizon par le pas- · sage des steamers et les manœuvres des torpilleurs. Apres l’ascension du bourg si bien fleuri de roses trémières, nous traversions une campagne riche en avoines et en seigles époussetés par la brise. Anne- Marie nommait les possesseurs. Elle saluait, à la lucarne du moulin, en croisant la route de Locmaria, la ügure rasée du paysan qui soulevait son chapeau -de paille et ses grands velours. Le .petit chienloulou aboyait. Nous redescendions par une pente roide entre les ronces desmùriers bordant le chemin. Un pont