Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/235

Cette page n’a pas encore été corrigée


  • 230 LE` SERPENT num

tonne adorait dire : marins perdus en cette _mer devant nous brillante et vaste; leurs fantômes guet- tent les gens sur les routes pour obtenir des messes; ils les épouvantent par des allures sinistres et des. paroles amhiguës. A se faire peur Anne·Marie éprou- ·vait du plaisir. Le fsilence de la morne lande con- firmait l’horreur des histoires. Anne·Marie décrivait V des cimetières nocturnes. Elle amplitiait la légende de cette fille qui dut coudre un cadavre dans le linceul entre le premier et le dernier coup de minuit : c’était le châtiment pour avoir embrassé, dans l’église, son promis, sans remarquer, parmi l’omb1·e, le cer- cueil mal clos sur le mort qui attendait d’être ense- veli. ljimagination de la servante inventait facilement —des péripéties, même des colloques entre les person- nages. Elle m’indiquait une vieille trottinaut le long . du ciel, sur l'horizon. C’était une parente de cette épi- —ciere qui, toute une nuit de tempête, a marée basse, transporta dans sa carriole, par la grève de Kéritis, un singulier bonhomme 2 il haletait sous une charge énorme et invisible, celle de ses crimes apparem- ment; à l’aube, quand s'éclair_èrent les montagnes livides des eaux, le voyageur se dissipa, tel un petit brouillard, sous la bâche de la charrette; et l’épiciere entendit le flot lui mugir qu’elle irait en paradis pour avoir, charitablement, tiré du Purgatoire une âme en peine. « · En s‘écoutant,-Anne-Marie ·s’exaltait un peu. La coiffe oscillait sur le diadème de soie rose, à mesure que la simple ülle montrait, de ses gestes, les choses terribles et certaines. Souvent elle se retournait comme pour apercevoir des Korrigans malicieux qui i se fussent gaussés d’elle. Et son nez se pinçait, et ses