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208 LE SERPENT mom p salons ennuyeux. J’ai rompu tout rapport avec mille gens désagréables, qu’il importait cependant de mé- nager, parce qu’ils învitaient à des bals, à des diver- tissements, et parce qu`on rencontrait chez eux les épouseurs. Je n‘ai plus a faire de ces visites sinistres durant lesquelles on ne sent nulle sympathie vibrer en soi, animer les autres. Fini de médire sur le compte des indifférents, et de mener vers leur tin les intrigues nécessaires aux jeux des amitiés, des haines, Ah! mon cher monsieur, quelle satisfaction!... Je respire... Je survis à tous les cauchemars. Je me réveille et je m’élance..·. Enfin je suis vieille, entin je suis laide! Je m’appartiens. Et qui sait : je ne mourrai peut-être 'que dans vingt ans! _ M'“° La Revellière marchait de long en large, élo- quente et fébrile. Elle agitait son trousseau de vermeil, la bourse, le calepin, la montre, le porte—mine, le porte-clefs, qui brillaient en virevoltant. Elle semblait un homme robuste et décidé, ûer de soi, avide d’exis- ` tence active. Coup sur coup, elle avalait mes pâtes d’abricots et parlait toujours, la bouche pleine, en mastiquant la friandise, en riant, tout à fait heureuse pour s’être évadée de la jeunesse et de ses tourments. A coté d`elle, je me plaçai sur la banquette du petit break, le jour ou nous allames en excursion a la g1·otte de l`Apolhicairerie. Durant tout le voyage je lui racontai ma biographie,. mes misères, mes succès, mes jours pénibles, mes nuits triom- phantes. Elle n`était pas sans goûter les grivoise- ries quand je les enveloppais de pèriphrases mali- cieuses. -— Allez-y! je suis un vieux garçon, moi, vous! savez... Rien ne me choque plus. Rien ne choque les