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LE sianrsirr Nom 207 Libre! Comprenez-vous? Après quarante—trois`ans d’esclavage. Libre comme un homme. Je ne tremble plus. Je n’ai plus ai craindre que le monsieur en visite me fasse la cour, me parle de psychologie, me récite le roman dont il espère appliquer la fable vulgaire a nos relations. Je n’ai plus a redouter les saloperies des entreprises amoureuses. Je n’ai plus a soupçonner l’envie qu’a le voisin de me bousculer sur le divan, pour aller ensuite proclamer, au club, mes vices et mon déshonneur, sa victoire. Trente ans j’ai vécu comme une bête de chasse qui n’ose quitter sa taniere par peur de la meute hurlante et bavante. Trente ans j’ai senti le soullle des satyres a mes trousses, avec l’horreur d’etre saisie, compro— I mise et, par la,\réduite à me séparer de mon mari, à connaitre les angoisses de la pauvreté sordide. Aujour- _ d’hui, je me sais maitresse demon sort. Je triomphe. Je puis faire sonner mon talon sur l’asphalte. Des le matin, je cours au Bois, respirer. Je plante un bou- quet de violettes dans mon corsage : cela n’a plus l’apparence d’une enseigne de volupté. Le parfum des . fleurs m`est permis. Je vais aux courses. Je parie. Je goûte les emotions du jeu en plein air. Nul ne tourne autour de moi._ll n`y a plus de jeunes gens pour ricaner derrière mon dos, en supputant les plaisirs . que ma chair eût promis. Je m’attable dans un bon restaurant. Le maître d’hôtel ne me regarde point de travers, comme s’il me soupçonnait de mettre ai l’étal mes charmes devant les dineurs, et de pervertir ainsi le bon aloi de la maison. Je suis la vieille dame cossue, indépendante et aussi respectable que n’importe quel mâle capable de se payer un liacre. Plus de filles a pousser devant moi dans les