Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/210

Cette page n’a pas encore été corrigée


LE SERPEM Nom s. 205 dans le lit conjugal, avec du confortable... » Mon allure leur signifiait cette opinion. Qa ne les calmait pas. lmpossible de considérer un bijou, un bibelo_t placés derrière la vitrine d’un magasin : aussitôt, un flandrin se plantait le long de ma robe en jouant de la prunelle. Ah! si j’avais pu les giflerl Montais—je en omnibus, le suiveur y sautait, s'installait en face, et prenait la mine de ces chiens qui, la langue pendante et les flancs essouflés, attendent, devant la porte de la boutique, la chienne malade enfermée là. C’était à vomir. J`en trouvais partout. Au comptoir des den- telles, pendant que jechoisissais des garnitures; au marché; pendant que je discutais avec la maraichere; a l`exposition, pendant que je regardais une toile de maître; au théâtre, pendant que j’écoutais. Inexorable, M. Priape se dressait partout entre le monde et moi, avec son obscénité stupide et maniaque. Je ne pouvais prendre aucun plaisir qu’il ne gatàt de son odeur de bouc. Sa présence m’obsédait tellement que j’ai cru, parfois, devenir hystérique ou folle. Point : c’était réel. Dandys niais et froids, collégiens gouail- leurs, messieurs d’âge aux murmures ignobles et discrets, rapins audacieux par les gestes, petits éphebes sentimentaux et timides, poètes enthousiastes, ils m’assaillaient tous, tous. Comme si l’existence n’avait pour but que de se dévêtir. de s’accoupler et de pousser les trois hoquets de la secousse... Hein ! je vous fais rougir l... Quand je pense à toute ma jeu- nesse pourchassee; traquée par ces gaillards, je ne me possède plus... Songez que, trente ans, j`ai subi ça. J’avais un mari jaloux et fort soupçonneux. Je ne cessais pas de trembler en craignant qu’il ne me ren- contrât par‘l1asard ii la seconde ou l’uue de ces 12