Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/204

Cette page n’a pas encore été corrigée


LE SERPENT Nom 199 Sa grand’mère ne réussissait plus a modérer cette dissipation. Seul le docteur matait sa jeune disciple en Pintéressant, dès la première parole, à la pierre du chemin, par exemple, aux silex, aux haches des temps préhistoriques, à la vie et aux mœurs des Celtes, au druidisme, puis à un véritable cours sur les religions comparées de l’Occident. De ce privilège, la vieille dame était jalouse, bien qu‘elle félicitàt - l’éducateur. Elle considérait sans bienveillance le maigre Breton qui s’animait en dis- courant, une main sur le guidon de sa bicyclette. A la bifurcation des chemins, il enfourchait sa machine et nous laissait, pour quelque malade enfoui a six kilomètres de là, sous le chaume, dans l’armoire d’un lit puant et sordide. Aussitôt Gilberte et son chien recommençaient leurs habituelles facéties. Il l’amu- . sait de faire la nymphe chasseresse, galopant de ses jambes hàlées, a la suite de lanimal. Afin de rassurer ces dames, je la montrais légère et robuste qui gravissait les pentes, tandis que sa natte lui sautait dans le dos. Je constatais sa force crois- sante, son entrain, sa bonne mine. Il m’arriva même de m’extasier sur l’excellence de l’air salin pour les ülles de cet âge. -— N’est-ce pas?... Vous le remarquez aussi! se hatait de dire madame Hélène, dont les yeux triom- phaient et rayonnaient. — Si nous restons ici jusqu'a la fin de l’automne, ce sera une toute autre Gilberte, cet hiver, a Paris. Madame La Revellière haussait les épaules : —- Oui, nous ramènerions une jolie détraquée... Mais vous êtes donc aveugle, Hélène !... Cette enfant—la devient folle... Je vous Fafûrme, moi...