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_ LE SERPENT Nom 193 —— Gilberte, — dis·je assez fermement. — il faut me lâcher la main. Je vais mettre le pied dans ce trou ; je sauterai; j’attraperai la crete ; j’exécuterai un rétablissement, et, de la—haut, je vous pêcherai. Ne hougez pas... ——J’ai peur... _ Elle ràlait. Son petit visage se décomposa. Elle allait s’évanouir, peut-être. —— Peur de quoi? Vous n’êtes pas si poltronne... voyons l En haut, l’épagneul impatient aboyait ai nos len- teurs et parcourait la corniche, en se penchant. Il fut attentif à. nos manœuvres. Madame Hélène ne se doutait pas du péril, car ses appels nous parvinrent, très gais. _ ~ -— Entendez-vous votre mere qui se moque de vous ?... — repris-je. — Làchez ma main, voyons : E il faut que je saute ; nous sommes trop mal installés, ici... S De nouveau, le sable coula. Je sentis mollir tout à, fait la terre. Je songeai que le ciel radieux et le gra- nit étincelant, que l’émeraude mouvante des eaux assisteraient, tout à l’heure, à notre chute, à l’enfouis— sement de nos deux corps dans cette anse. Le sang de nos chairs ouvertes rougirait les arêtes des pierres visibles dans la transparence glauque. Cette eau battante devait nous engloutir et nous détruire, si je ne me hàtais. Mourir me déplut. .l’ai toujours été fort lucide aux minutes fâ- cheuses. Aussi répudiai-je vite cet absurde attendris— sement. Je voulus dégager ma main des doigts hu- mides et brûlants qui Pétreignaient. Certes, l’enfant pouvait, démunie de soutien, s'elTrayer davantage,