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492 LE ssiwsntr Nom cherche d’un `point d’appui dans le bloc supérieur. Seule était visible une petite anfractuosité capable, à — la rigueur, de recevoir l'extrême pointe de ma chaus- sure. C’était l’unique aide. Il me fallait donc intro- duire le bout du pied dans cette minime ouverture placée a hauteur de mon estomac, puis, nfagrippant, de l’orteil, au bord de ce trou, me lancer pour attein- dre la crête. Si je manquais mon élan, je m’abîmais en arrière, et j’allais me fracasser sur les roches à fleur d’eau. » Comme je pesais mes chances, je sentis la motte s’al`faisser sous notre poids. Du sable s’en détacha, que jïentendis couler le long du granit. Avant peu de secondes, ce pan d’herbes et de terre se désagrege— rait. Nous serions tués. Bien que ma logique le certi- ûàt, ma volonté s’elTorça de la démentir. .Je connus alors toutes les allres du couard. Mes tempes se glacerent. De crainte qu’e|le ne devinât l’angoisse de mes hésitations, je n'osais pas regarder ma petite compagne. Pourtant, je vis trembler ses genoux écorchés sous la courte jupe rouge. Dans 1na main, ses doigts chauds tressaillirent. Je voulus les aban- donner, pour une première tentative d’élan. Elle se cramponna. Ses ongles perçaient ma peau, à. travers ses mitaines de fil et mes gants de Suède. Je uaissai les yeux vers son visage : il était livide et ha- ga1·d. Contre le roc, elle s’aplatissait. Je la priai de me lâcher. Elle refusa. Le « non » fut étranglé dans sa gorge. Sous l’évasure du chapeau de toile, la mèche dorée se mouilla de sueur. La poitrine osseuse hale- tait dans la batiste .de la chemisette... J’entendis couler de nouveau le sable de la motte qui tléchissait davantage.