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en blouse bleue, qui ont campé, par luxe, un petit feutre sur leur crâne tondu. Quand la chasse est fermée ou quand l’hiver détrempe les routes, il est bon de parcourir un volume au coin du feu, un volume qui fournisse à notre rêverie des motifs de divaguer. Ce qu’on écrivait sur Nietzsche, dans les journaux, m’avait plu. J’approuvais son mépris de la faiblesse, son exaltation de l’énergie personnelle, de la volonté, de l’orgueil… Moi, je suis d’instinct celui qui marche droit au but, sans s’occuper de la casse. Quand je convoite véritablement une chose, je la prends d’abord. Ensuite je regarde en arrière. Je n’ai jamais voulu que la peur de l’opinion ou du remords me rendit lâche devant mes désirs. On m’a souvent blâmé. Cependant j’ai la constance de ne pas douter de moi. Je me fus toujours fidèle, malgré les pleurnicheries de mes maîtresses, les récriminations de ma femme, les scènes de ceux que je vexai, et qui se laissèrent vexer. Né de parents pauvres, j’ai mesuré leur bassesse, et j’ai prétendu à tous les biens. Pour être en état d’acquerir vite, j’ai d’abord voulu être le premier à l’école, au collège, à l’université. Et il en advint selon mes fortes exigences. Vous imaginez quelle fut ma joie quand je découvris les maximes de Zarathustra.

« En vérité, il vaut mieux faire mal que de penser petitement… Et il en est d’autres qui appellent vertu la paresse de leur vice… Vertu, c’est se tenir tranquille dans le marécage… Et il en est d’autres qui sont semblables à des pendules que l’on remonte. Ils font leur tic-tac, et ils veulent qu’on appelle vertu ce tic-tac… Vous voulez encore être payés, ô vertueux ! Vous voulez être récompensés de votre vertu, marchands !… Avoir le ciel en place de la terre, et l’éternité en place de votre aujourd’hui… La vertu rape-