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Je ne me soucie pas de traduire ici mes émotions. Elles furent banales; tous les romans les ont décrites. Il serait également oiseux de relater les tactiques de langage que j’employai pour réussir dans mes sollicitations amoureuses. Je dirai seulement que je fus aidé en cela par un incident. Derrière le cap barrant la rade, fut chantée l`une de ces ballades bretonnes à répons et a refrain quïnterminablement les voix reprennent sur un mode plaintif. La proue d’une barque dépassa la pointe. Des rubans avec un bouquet tricolore paraient le mât et la voile rosée. En simples jupes grises, debout à l’avant, se tenait un chœur de jeunes filles aussi pures de lignes que de nuances. La brise secouait un peu leurs tabliers de moire, les brides roides et libres de leurs coiffes. L’une riait franchement. Dans le canot, les garçons glorieux maniaient les cordages. Ils gouvernaient pour faire, dans la rade, une entrée digne de la victoire remportée par ceux de Sauzon aux régates de l’Ile, comme nous l’apprit la petite servante. Sur les goémons glauques des roches que découvrait le reflux, les pêcheurs bleus glissaient, dégringolaient, acclamaient leurs camarades, jetaient au ciel leurs bérets en signe de liesse. ’

Cette apparition d’un bateau rempli d’amoureux, dans la belle vesprée, me permit de célébrer les avantages de la passion, sur un mode ala fois sceptique et tronblant que j’avais d’abord étudié. Madame Hélène ` essaya de dériver mon exaltation vers les merveilles naturelles, en ne laissant la la barque de fête qu’une’ - importance décorative. Elle l‘estima toute égalée par les petits rochers insulaires perdus au milieu de l`eau comme ceux peints sur les tableaux de Mantegna.