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` _ LE sauveur Nom 153 ' Madame Hélène porte le nom d’une famille illustre, dans la société républicaine, comme celui des Carnot · et des Perier. Une faiblesse de· cette personne élé—. gante, riche, et qui passe pour spirituelle, preterait un theme a tous les entretiens de son monde. La cé- lébrité de son ami serait immédiate et constante dans J les lieux mêmes où se trament les petits complots pour organiser les adjudications officielles. D’ou la_ gloire probable de mes talents jusqu’alors méconnus. A force de m’entendre nommer comme le héros de cette aventure, les députés se piqueraient d’apprendre si je suis un imbécile on un iinancier dlimportance, si j’ai de Fentregent et du bonheur. Rival heureux, le docteur ne me privait pas seule- , ,ment d’une amusette. Il annihilait cette chance de parcourir ma carrière avec le secours de comméra— ges et de calomnies extrêmement utiles. C’était mon destin qu‘il entravait. Très graves étaient, par consé- quent,,les intérêts en jeu. Il me parut obligatoire de tirer les choses au clair. Je me résolus a l’action. ` Dès neuf heures, j’attendais madame Hélène dans le salon de Keryannic. Nerveux, j’inspectai la pièce longue et tendue d’étol1"e amarante, selon la nuance du xvn“ siècle. Je palpai le chêne des bahuts, leurs cuivres étincelants. J ’essayai tous les fauteuils monu- J mentaux et roides où durent s’asseoir les amis de Fouquet, marquis de·Belle—Isle, ses traitants, ses ^ courtiers, ses débiteurs. J’imaginai leurs perruques . faslueuses qui s’étalerent sur les dossiers de lampas, leurs habits à grands pans, leurs hauts-de—chausses à canons de Hollande; j’arpentai leslosanges du parquet ou sonnerent les lourds éperons des bottes à entonnoir. Je· tapotai, de mes ongles, la table massive et polie v _ 9.