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s DE SERFENT nom M5 Il me semble qu’alors s`éveille toute la santé de mon animal, que ma poitrine aspire le souille vigoureux de l’univers. Sainement, j’assistai à cette lente ascension des barques. Leur essaim s’éparpilla, s’éloigna, emporta les refrains, les cris du travail, les courbes des focs entlés, et s’amoindrit sur la perspective inîinie des ondes en ru·meur. Net et pourpre, le soleil teignait maintenant, de lueurs roses, les petites vagues par- _ tout étincelantes. Il révéla les arêtes des récifs au pied du promontoire, le champ`d’avoine éventé la-bas sur la falaise, et l’entrée de notre calme rade, et la bouée flottante, et les contreforts herbeux de notre, rive; il dessina les lis de notre terrasse, la blanche margelle de la citerne, le vol oblique des hirondelles, les marches du perron, et le corps parfait de madame Hélène qui vint fredonner la plainte d`Yseult, sur son balcon, en massant, à la hâte, sa chevelure. Ce matin-là, j`eus la conviction que du bien sûre- ment devait m’échoir devant le miracle de cette aube et de cette belle femme qu’unissait la magie des coïn- cidences. Même je .ne doutai pas que la nature ne témoignât ainsi de son penchant à se faire complice de mes projets sur la veuve. Je fus très conüant. Ma voisine interrompit SDH chant. Sa voix joueuse vanta le spectacle. En bas, sur la terrasse, le docteur la saluait. Je m’aperçus qu’il avait une mine satisfaite. Ses yeux celtes, perles grises et vivaces, signiüaient sa gloire de respirer là, près de la jeune femme élo- quente. Pourquoi leurs deux etres me semblerent—ils les cariatides nécessaires de ce décor? Les lignes de leurs formes, les évidcnces de leurs sentiments réci- proques complétaient. l’harmonie du monde ii tel 9