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M4 LE sauveur Nom l naissantes de l’aube. En face, au delà de la rade qui clapotait sous les rames, plusieurs rochers commen- cèrent à saillir de l’obscur. A la pointe du cap, le for· tin en ruines se profîla. Déja s’accomplissait la méta- morphose du firmament. Il devenait une lueur d`opale immense pareille aux eaux etales dont le flot languis— sant psalmodiait en sourdine. Et, tel qu’en la pierre d’opalo, un feu d’or rose essayait de transparaître sur l’horizon bleuàtre. Là—bas, du continent breton, le soleil allait surgir pour resplendir sur le détroit et jusqu’à la côte de Belle·Isle. · Je voulus me dérober au réveil. Je somnolais, l’ame lourde. Mais la puissance de la lumière composa le décor du vaste espace qu’irisèrent toutes les 'nuances fines. Cette force triompha de ma torpeur. L’admira- tion pou1· ce qui me vainc a toujours tempéré les ennuis de mes défaites. Je renonçai au sommeil, et fus a la fenêtre, pour contempler du moins la superbe de mon ennemi. Du port, une à. une, glisserent les embarcations entre les brise-lames. Successivement elles dépassèrent, a ma droite, la tour du phare; elles longèrent le flanc granitique du cap, dans son ombre. Enfin la proue du premier canot fendit le clair de l`étendue, les moires d`opale, d’émeraude et d'argent fluides que coupa la cadence des avirons, que vinrent tacher les silhouettes angulaires des voiles encore noires, que troublèrent les propos et les rires des équipages, que refoulèrent les élans de 'la flottille montant, au gré de la brise, vers la raie d’incendie. Majestueuse, la sphère en feu émergea des lointains. Son reflet tremble sur une traînée de vagues ver- meilles et scintillantesï e. De ces impressions matinales je suis parfois avide.