Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/124

Cette page n’a pas encore été corrigée


LE sauveur Nom M 119 — Elles doivent être sans égales, les heures que vous passez dans votre laboratoire, accoudé devant les coupelles ou s’élabore l’essence de la vie. Quelle angoisse rare et sublime l Comme je voudrais être moins ignorante, aün de participer aux sensations de ces moments—là l... Et sa voix, pour ainsi dire, se solüait. Goulven écoutait, avec" une félicité visible, tinter les mots élogieux. Sa femme hocha la tète. De son`doigt, elle lissait la nappe à thé : —— Moi, je les ai longtemps partagées, ces heures- la... Oui, ce sont des instants inoubliables. Nous espé- rons tant sauver des milliers et des milliers d‘exis-· tences ! C’est a cela que nous avons consacre beau- r coup de notre fortune.C’est pour cela qu’il fuit toutes les distractions, qu’il ne se permet même pas de lec- tures, son délassement d’autrefois... Car il faut bien, puisqu’on le pourra, sauver des milliers et des mil- liers de vies I ll faut bien... Mais il les sauvera... Il les sauvera... Cîést absolument sur. On ne peut plus douter. —— Tu ne doutes plus, n’est-ce pas, Yvonne ‘? —— de- , manda madame Hélène confiante. · -—- Mais je n’ai jamais douté, ma chérie, jamais ! — C’est vrai, — appuyà. Goulven en souriant : — jamais elle n’a douté, elle! ` —‘Elle aime trop pour douter, —— objectaî-je: Il se renfrogna. Nous regardàmes, un instant, la mer d’ètain livide et ses bavures d’argent mousseux. Il pleuvait sur les voiles brunes qui chevauchaient les mâts abattus et couchés dans la longueur des bar- ques noires. A l’abri deces tentes improvisées, les pécheurs attendaient l’embellie sur la rade houleuse,