Page:Adam - Le Serpent noir (1905).djvu/123

Cette page n’a pas encore été corrigée


tour à tour, regardait le jambon et mon âme. J’amusais som œil narquois. Peut-être estimait-elle inconvenant que je n’offrisse point ma friandise à la ronde Mme La Revellière et Gilberte pouvaient revenir, à l'instant, de leur visite chez l’institutrice. Il eût fallu les comprendre dans la distribution. Or je mesurai la brèche faite ai la pièce de Cincinnati, et je craignis d'être dépourvu avant la fin de mon séjour à Keryannic. `Voilà pourquoi je m’écriai :

— Anne—Marie, coupez légèrement .... coupez plus fin... plus fin, mon enfant l... Mesdames, en prendrez-vous ? Je n'ose insister... car la sauce est mauvaise... Sans sauce, ce n’est que du jambon... Vraiment, ce n’est que du jambon, un jambon indigne de de vous... Emportez ça, mon enfant !...`Vite, emportez ça !

Je sauvai de la sorte ma victuaille, tout en dévorant. Le docteur refusa les tartines grillées de sa femme. ll s’.excusa sur l’urgence de son travail : la moindre digestion alourdissait les manœuvres de son esprit. Ces dames le plaignirent. Il haussa les épaules, plaisanta, vanta le charme de ses études, et l'agrément d’analyser la psychologie des lapins, des cobayes, avant, apres les inoculations. Même il dit une chose subtile sur les ’invasions des bactéries dans les centres nerveux. Il développa toute une comparaison ingénieuse entre la stratégie des armées humaines et des armées microbiennes.

Madame Hélène prêtait l’oreille dévotement. Elle posa, dans le calice de ses longues mains, son menton pur, puis admira le causeur. Enfin elle scanda cette longue phrase, évidemment préparée durant le dis- cours de notre hôte: