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LE snnrss-T Nom Mi s’endorment au tic-tac d’une vertu patiente et lâche. Je portai sur lui ce jugement définitif, durant une promenade que nous fimes par un ciel tragique et _ sous les attaques du vent le plus rude. Madame Hélène avait résolu d’aller voir la tempête à la Pointe des Poulains. C`est un chaos de rochers majestueux et noirs qui termine l’ile, vers le nord-est, et bastionne une large baie granitique ouverte aux ruées du large. Madame Hélène qui se pique d’art et de littérature, prétendait ai quelques `satisfactions de paysagiste. Elle avait choisi le meilleur de ses appareils- photogra- phiques. Nous avions oublié, à la maison, iti'"`! Goul- ven: elle surveillait, pour le soir, une soupe aux poisy sons, la cautriadc. M“‘° la Revelliere que le vent· agace, et la petite Gilberte, sujette aux rhumes de cerveau, avaient décliné l’honneur de nous suivre la. A trois seulement, nous atfrontâmes l`effort de la bise qui salait nos levres, ébouriilait nos cheveux sous les 'casquettes. Notre compagne en avait une de ' velours, solidement épinglée au rouleau de ses che~ veux.' Les paroles' étaient enlevées au loin avant d’avoir été entendues. Aussi fallut-il renoncer vite ai nous communiquer nos impressions devant les prai- ries rebroussées, les buissons tordus, les blés versés. Au cours des siècles. pas un arbre n’avait subsiste. ` Sous la fureur des souffles, l’ile rase se blottissait, offaçait/son échine, ne vivait que dans le creux de ses vallons humides, oh, blanches et rousses, pais- ` saient les vaches indolentes. Sur les plateaux, quelques brebis noires tondaient la lande lépreuse, verte, parfois hérissée d’ajoncs rébarbatifs. Cesbêtes de sorcellerie nous`regardaient obliquement. Nous étions les seuls humains sur la