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LE snnrnur Nom 407 Dahut admirer leurs danses, et répandre des larmes parce qu’elle ne pouvait s’y joindre, étant damnée. Évidemment, elles. rencontreront notre parente dans les rues du bourg, sur le port, à travers la lande, et la salueront: ce sera le réel. Mais, pour cette race, le réel a moins d’importance que l’illusoire. Et celles de leurs compagnes qui les entendront faire ce conte, loin de le démentir, aideront à le grossir de leur témoignage. Toutes finiront par se persuader que Dahut emprunte la forme de madame H élene pour errer autour de leurs plaisirs... Oui, le réel a moins de puis- sance que l’illusoire... Moi, souvent je peine, quand je poursuis mes travaux, aûn d’établir la différence entre les données de l’hypothese et les résultats objec- tifs de l’expérience. Ma foi en ceux-ci ne me semble point plus positive que ma foi en celles—là. C’est, pour un esprit scientifique, une fâcheuse disposition, tu _ peux m’en croire! ‘ — Mais — lui dis·je — on n’a jamais atteint la vérité que par l’entremîse de l’erreur, ou plutôt d‘erreurs sans cesse transformées jusqu’à la limite du positif. C’est le génie d’intuiti0n qui préside à presque toutes les découvertes notables. Quelques- unes seulement sont l’œuvre de la déduction. Le propre du talent soientiüque, c`est de construire des hypothèses. Il arrive que, de ces illusions premieres, l’une se transforme en fait tangible; et l’inventeur alors triomphe... ‘ —— Vraiment?... tu crois cela, toi aussi? — s’écria Goulven. — Vous aussi? — demanda sa femme anxieuse. —— Moi aussi! —— C’est que parfois je suis inquiet, — expliqua-