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séparait s’enfonça dans le fauteuil : ainsi nos paroles se purent croiser par-dessus son ventre boutonné en un large gilet de drap noir à chaîne d’or. Mon interlocuteur assura que, selon ses propres renseignements, ce M. Guichardot, d’ailleurs licencié ès sciences physiques et naturelles, appartenait à une famille de petits boutiquiers flamands, qu’il en avait naguère, et à présent, les manières et la morale douteuses, que jadis, marié à la fille d’un quincaillier de Saint-Omer, il avait brutalement relégué cette malheureuse, durant ses couches, en une campagne sinistre, et qu’il avait, la terrorisant, engagé la dot, cent cinquante mille francs, dans quelques spéculations. Avec cette mise de fonds, le gaillard avait entrepris maintes affaires de publicité pour le compte des pharmaciens. Une certaine chance, beaucoup d’audace l’avaient servi. Il avait trouvé le moyen légalement inattaquable de s’associer, par un jeu de contre-lettres et de fidéicommis, aux docteurs qui découvraient des remèdes, et cela malgré les règlements sévères interdisant ces sortes de pactes. De courtier occasionnel, il était devenu courtier permanent près de la Compagnie.

A la suite de la plus-value rapidement acquise par les deux fabriques d’iode que, sur ses avis, on avait gagné la sympathie des actionnaires. Le titre d’agent général l’avait récompensé, outre le privilège d’imposer sa propre marque à plusieurs produits de la Société, tels l’Iode Guichardot et le Régénérateur Guichardot. Mais il était trop habile homme. En Touraine, il achetait un château ancien, pressait les réparations archéologiques, le parait de meubles, de tableaux peints au temps de la Renaissance, de copies excellentes. Comment