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Quant à Mme Goulven, pour la ravir, je lui rappelai la foule innocente et mystique de Sainte-Anne-(PAuray ; je discutai la date approximative qu’évoquent les barques lourdes, .les voiles semblables à du cuir, et les vêtements de toile tannée en usage parmi les pêcheurs.

Sans rien négliger de ces copieuses flatteries, je persévérai dans mon œuvre ide domination. A table, j’aime manger sans contrainte. Il m’est (désagréable de perdre quelque peu d’une bonne sauce. En dépit des règles, je pique la mie au bout de ma fourchette ; ÿéponge ainsi le fond de la’faïence avant d’engloutir la mouillette. Ce jour-la, des crevettes garnissaient un plat. Elles me parurent fraîches. Je m’en accordai beaucoup. J’accaparai le beurre, dont le morceau presque entier glissa dans mon assiette. Je malaxai les bestioles et la motte, sans pudeur, sous les regards outragés de l’assistance. Le face-à-main de ltlm” La Rewfellière se braqua sur mes manœuvres. J’e.ntendis Gilberte murmurer le nom de Gargantua.

— Les gourmets américains ne mangent pas les crevettes autrement, — déclarai-je. — Ils appellent ça : shrimp-to’ast. Madame, vous devriez faire comme moi. Parole d’honneur, c’est excellent ! On prend un bon morceau de beurre… Un bon morceau ! Et avec la fourchette on écrase les crevettes dedans, sans oter les têtes… Comme ça… Madame, faites comme moi : vous ufen direz des nouvelles !

— J’aime mieux non. Ça ne vous désoblige pas ?…

— me répondit madame Hélène impertinentè.

— Oh ! vous êtes libre ! Seulement, pardonnez moi : vous ne savez pas ce qui est bon. Avec une