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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/92

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PARTENZA…

religieuses soupiraient dans le silence comme si l’écho survivait du lent appel des muezzins. Des filles aux yeux chauds se traînaient le long des portiques, dehors, au guet, très belles… Sur leurs visages, de larges frôlements de dentelles rappelaient les voiles légers des sultanes d’autrefois. Et par delà les vieux murs. Cordoue, au crépuscule, languide sur le Guadalquivir doré, retombait immobile dans le suaire bleuissant qui, chaque nuit, semble contenir sa mort.


Dans l’ensoleillement d’un ciel d’Orient, sous des averses de lumières, Tanger-la-Blanche descendait à mes pieds, énervante et capiteuse, vers la mer violette. Ses minarets reflétaient dans leurs faïences, qui chaque jour se détachent des murs comme une lèpre brillante, les flambées éblouissantes du soir. Des bruits lointains de sonnailles et de chalumeaux montaient également des ruelles étroites où passent des fantômes muets et de la grande place brûlée du Socco. Ils se répandaient en l’air, pénétrant dans l’âme, avec l’étrange saisissement de cette vie musulmane pareille encore, en son inexprimable délabrement, à ce qu’elle fut il y a mille ans, dans les indicibles féeries du royaume de Grenade !…

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Les beaux yeux calmes et profonds de mon petit guide Mohammed rencontrèrent les miens. Je ne sais pourquoi, il me tendit au bout de ses doigts très fins et comme ciselés dans du bronze pâle, avec un peu de sang rose aux extrémités sous l’ovale poli des ongles,