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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/64

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PARTENZA…

par le roulement des voitures sur les dalles, le choc métallique des boîtes à lait qu’on promène, les papotages de la clientèle matinale et mille bruits qui, très distincts, se mêlent pourtant et voltigent dans l’admirable pureté de l’air en une rumeur confuse et pleine de fraîcheur, C’est dimanche. Les carillons s’appellent et se répondent d’un campanile à l’autre. Les cloches ont ici comme en Espagne le timbre chevrotant et fêlé d’une voix d’aïeule, leurs sonneries défaillent en sons graves ou aigus, éraillés, usés, rongés de vert-de-gris comme les vieux bronzes qui les clament sous le heurt des lourds battants de fer rouillés ; les charpentes séculaires se plaignent en balançant les ais de leurs membres trapus où s’accrochent et bâillent, dans le demi-jour des beffrois, les bouches édentées des cloches.

Et c’est dans ce carillonnement général dont la chanson se modifie sans cesse, — des voix nouvelles s’élevant quand d’autres se sont tues, — que la rue apparaît très vivante, d’une sorte d’animation recueillie et joyeuse qui revêt, ainsi que les gens, sa parure dominicale. Au jour, la ville a changé complètement d’aspect ; elle n’est plus, comme hier soir aux lumières, un dédale de mystérieux défilés entre les hautes maisons ; chacun des vicoli s’éclaire d’un jour doux et tamisé, encore timide. Le soleil ne pénètre que les grandes voies, mais cela m’est indifférent, au contraire, je préfère les vicoli modestes et propres avec la multitude des seuils entr’ouverts aux regards indiscrets qui pénètrent l’intérieur des maisons, où, par