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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/58

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PARTENZA…

La lune se lève pâle, estompée dans la pâleur presque de même couleur du ciel mêlé de bleu très atténué dans l’or et l’argent d’un crépuscule blanc ; puis cette lune monte silencieusement, plus éclatante à mesure que décroît le jour… Là-bas une lumière brille déjà, puis deux autres aperçues en même temps, puis tout d’un coup des milliers aux approches d’une ville… les lumières diminuent, s’éloignent, s’éteignent et l’ombre seule persiste, étendue sur toutes choses, voilant d’un brouillard léger la surface de la mer phosphorescente sous les reflets lunaires.

Des usines, une gare noire, bruyante, sifflante et hurlante où nous stoppons, nous diraient assez que nous approchons de quelque ville fameuse si nous ne savions exactement que Gênes est là tout proche. Mais cette première vision de choses si enténébrées, malgré les mauvaises lueurs jaunâtres des lampes, nous fait craindre une immense déception, si c’est de la sorte que s’annonce la superbe Gênes, dans les chocs de ferraille et les odeurs huileuses, frappant et empuantant les grands murs couverts de suie de la gare d’embranchement. Un peu de ciel réapparaît, bienvenu après cette vision d’enfer ; un phare resplendit en avant, sur la mer que nous ne voyons pas encore, que nous ne verrons pas, ensevelis entre les maisons très hautes, d’une hauteur qui nous étonne et paraît plus grande encore dans la lumière très vague et très indécise poignardée en tous sens par les lames brillantes des lampes électriques.

Voici Gênes !