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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/49

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PARTENZA…

l’or convulsivement secoué, et le cliquetis des billes d’ivoire sur la course vertigineuse de la roulette !…

Noël ! Noël !… Minuit s’avance ; le tripot ferme. Dehors la nuit est splendide, les étoiles allumées brillent dans le ciel de décembre. Les vagues viennent se briser et gémir sur les rocs. Nul autre bruit que l’éternel halètement de la mer.

Nous traversons les jardins. Sous le vent du large les feuillages s’agitent, découpés sur le bleu noir et satiné du ciel ; ils gémissent d’une voix blanche et lente ; les branches s’enveloppent, s’étreignent comme des bras qui se cherchent l’un l’autre, frôlent leur chair qui se désire, et, par d’invisibles visages, soupirent les mots d’amour que la brise récolte en légères moissons.

Une ombre glisse contre moi, appelle doucement et s’enfuit ; qu’est-ce ? Le chuchotement était bien délicat, les yeux bien jolis, mais pourquoi cette retraite furtive, honteuse presque ? je n’ai rien vu qu’une taille svelte et fluette et, à peine, l’étrange perversité des regards… Les blêmes rayons de la lune brillent et se jouent dans les taillis, éclairent les haleines tremblotantes des jasmins qui, chaudes, flottent en vapeurs embaumées dans la fraîcheur de la nuit… L’apparition de tout à l’heure m’obsède et j’aurais bien voulu savoir. Cette ombre est-elle la consolation qui donne ou qui vend ses sourires et va, rôdant, au guet des désespérés, pour les toucher au front et leur rappeler que, tout perdu, il reste encore cette magique raison de vivre : l’invincible attirance des lèvres, la griserie des baisers qui chantent les plaisirs d’amour, en cette enivrante