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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/47

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PARTENZA…

dessus d’elles, quels pauvres visages, neufs ou vieux ! Cette jeune femme promène ses gants blancs sur les numéros, et sème au hasard les pièces d’or d’où va germer la fortune. Chacun de ses gestes a son contrecoup sur son regard qui s’allume de convoitise et d’espérance. Elle gagne. L’or pleut littéralement et déborde sous les râteaux qui le poussent vers elle. Les poignées de louis s’amassent, puis se dispersent aussitôt, glissant de la blancheur de ses gants sur le tapis, en piles minuscules, en tartelettes jaunes. Elle se lève, exubérante, s’agite, allonge son bras, sa main, vers le numéro porte-bonheur, accumule l’or, sème l’or, jette l’or qui disparaît, puis revient en jet lancé avec une adresse surprenante par le croupier ; et, devant elle, en tas, il s’amoncelle, et sa chanson tintinnabule éperdument joyeuse… Autour des tapis les joueurs s’efforcent de rester indifférents aux fantaisies de la fortune, jusqu’à ce qu’un coup formidable, bon ou mauvais, éclaire leurs yeux d’une joie mal contenue, ou crispe, d’un même mouvement douloureux, leur front et leurs lèvres quand, dans la rafle du dernier louis, disparaît en un miroitement d’or la dernière chance.

Noël ! Noël ! la veine a tourné les talons, la dame aux gants blancs a perdu. Les yeux s’arrachent un moment à la fascination de l’or et la suivent machinalement. Tout à l’heure elle était enviée, admirée ; chancelante elle va, maintenant, où ?… Elle va !…

Au 30 et 40 les enjeux sont énormes, les toilettes plus brillantes aussi. Un jeune couple amasse les feuil-