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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/43

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PARTENZA…

tenait de son monastère qu’il allait rejoindre vers quelque vallée perdue de l’autre côté de la montagne. Son bon et franc visage sortait tout en sourire du lourd capuchon de bure ; ses yeux perçants avaient la mobilité des yeux d’enfant et disaient la sérénité de son être, les joies trouvées par delà nos étroites visions et nos conceptions du bonheur, quand les regards plongent dans un océan de douceur et de bonté et que la foi robuste s’éclaire aux ruissellements infinis d’un Soleil qui ne connaît pas de nuit… Et ses douces paroles de prêtre, et sa robe de bure étaient les bienvenues dans cette veillée de Noël.


Elle est exquise cette Turbie, exquise dans son délabrement et ses haillons, et chaude, colorée même, dans les ombres et le gris uniforme de ses croulantes masures. Et comme on respire déjà l’étrange parfum d’inconnu, comme on sent autour de soi cette atmosphère pénétrante relevée d’un je ne sais quoi de fatalisme, de nonchalance orientale ; cette physionomie nouvelle des villes italiennes indolentes et sales ! Les gamins ont de jolis yeux noirs, ils mendient ; les filles mendient aussi, avec, sur les bras et autour d’elles, une horde insupportable de pauvres marmots dont les petits cris de poussins se joignent aux glapissements geignards de la sœur aînée.

Il faut l’avouer, l’air est frais malgré le soleil répandu joyeusement sur les tables couvertes de nappes blanches, dehors ; et, seule, la satisfaction de se souvenir d’un déjeuner en plein air le 24 décembre, fait