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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/279

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PARTENZA…

yeux inconnus vers qui vont se caresser les miens, sans qu’ils devinent et sentent, ces beaux yeux, que discrètement on les regarde, on les aime… et que l’on aurait tant de joie à le leur dire…

Je ne sais plus par quels détours nous sommes revenus à notre point de départ, au Palazzo Vecchio, pour reprendre ensuite la via Calzaioli ; mais là, nous avons rencontré, dès les premières maisons de cette grande rue qui va jusqu’au Dôme et au Baptistère, une troupe de gamins, une émeute minuscule de petits bonshommes pâmés, délirants de joie, arrêtés comme un essaim de jolies abeilles bourdonnantes à la devanture d’un confiseur, devant une montagne, des vallées et des arbres de sucreries dorées, fleuries et fondantes sous les yeux, parmi lesquelles, ingénieusement, le sculpteur en verve avait fait s’avancer vers un Bambino blond et rose, couché sur un lit de pailles blondes tressées en filaments de caramel, une procession si douce et si chatoyante de Rois Mages qui traînaient, en des parterres d’angélique bordés de gros rochers de chocolat en mousse pétrifiée, de longues robes à la rose, à la violette, à la pistache ; et même, une qui avait des reflets de feu devait être à l’abricot. L’un des rois montrait, sous une tiare lourde de cabochons de sucre cristallisé, une belle figure au café qui, d’un seul coup, fit éclater en grelots joyeux, en roulements sonores de lèvres épanouies, mille rires d’enfants, mille exclamations folles dans vingt bouches roses et fraîches comme les belles robes à la rose des Rois adorateurs, dans vingt petites figures malicieuses,