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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/277

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PARTENZA…

souviens que, des boulangeries, sortait par tièdes bouffées la bonne odeur des pains chauds que l’on apportait aux étalages de la rue dès leur sortie du four ; ils étaient de formes inusitées chez nous, et leur belle croûte blonde et lisse, brusquement refroidie, se craquelait avec un murmure sec et ininterrompu comme une confuse chanson de cricris. Il y avait d’autres boutiques encore où se précipitaient et caquetaient les femmes, faisant, en même temps que des vivres journaliers, provisions de commérages. Et le soleil, en intrus, se glissait partout, dans les boutiques et dans la foule, se répétait dans les larges carreaux des devantures, semait d’autres petits soleils dans les vitres étroites des fenêtres moyennâgeuses, s’arrêtait complaisamment sur des corbeilles de fleurs, et mêlait ses écheveaux d’or aux fines chevelures des femmes qui passaient.

En suivant très discrètement, sans aucune pensée mauvaise, grand Dieu ! la maman de Pio, j’ai vu plus encore qu’hier de quelle exquise et touchante résignation sont faites les lignes délicates de son jeune visage, de quelle tranquillité sereine sont emplis ses jolis yeux. On dirait qu’ayant subi les plus atroces tourments, ses traits et ses regards, désormais inaccessibles à une pire douleur que la nuit répandue sur les yeux de son fils, ont pris cette rigidité sévère et attristée des vierges transpercées de glaives ; ses yeux, ses beaux yeux de créole dont l’éclat et la pureté sombrèrent mystérieusement en son enfant dans le travail sublime de la maternité, ont reconquis la pureté des