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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/270

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PARTENZA…

dessinant de puériles fantasmagories sur les vitraux à facettes cachés entre les solives de la toiture qui se penche ; pour essayer de vivre un peu, avant de mourir, avant de ne plus rien voir de ces choses, pour essayer de vivre un peu d’une autre vie que celle ordinaire de chaque jour ; pour m’imprégner davantage encore, dans une Florence nocturne et silencieuse, de la Beauté des âmes qui furent ici, belles et rayonnantes ; pour aimer, tout seul, d’un amour vague et frissonnant, des êtres qui ne sauront jamais quelles pensées, parfois, vont vers eux et de qui l’on peut s’entretenir là, tout seul, presque à haute voix dans le délicieux oubli de tout le reste, sous le halo d’argent de la lune aux yeux immobiles, dans la paix infinie que doucement ramène chaque nuit…


Je n’ai jamais rien vu de plus lent et de plus paisible que cette fin de jour ; on dirait que la nuit ose à peine effleurer la nappe lumineuse étendue sur Florence. Les rues se laissent envahir par ces fines et flottantes vapeurs devinées déjà tout à l’heure du haut du Viale dei Colli ; et ce n’est pas une image vaine que de dire le silence ému et recueilli, dans ces minutes de transition entre la lumière et les ténèbres, épandu sur elles. Ce n’est rien, ce sont des splendeurs qui vont s’évanouir dans un néant passager, pendant l’éphémère disparition du soleil ; mais on sent que tout frissonne, choses et gens, dans l’appréhension d’un mystérieux événement…

La nuit, maintenant. Même plus un mince lambeau