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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/27

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PARTENZA…

bon marché, pleines de cirage. C’est là tout leur avoir ; il est bien chétif auprès du paquebot aux machines ronflantes prêtes à mâcher les vagues de leurs hélices prodigieuses ! Je voudrais être parmi eux, pourtant, gamin joueur et insouciant, toujours, plutôt que de penser à tant de choses écrasantes et fatigantes comme des cauchemars, en regardant la mer tellement grande et les énormes bateaux du port… et la vie inquiète où je retombe tout de suite, dans le saut douloureux du rêve à la réalité…


Pour aller à Notre-Dame-de-la-Garde, gravi, après midi, les avenues larges et silencieuses, si différentes des pauvres quartiers du port, avec leurs bordures de riches hôtels enfouis sous les branches effeuillées de vieux arbres.

La ville se dévoile peu à peu, à mesure que montent les chemins, et soudain se découvre tout entière. Même devant la mer vivante, elle reste très exacte, cette comparaison faite souvent des villes étendues à nos pieds, mouvantes et houleuses comme des vagues pressées l’une contre l’autre et tout à coup pétrifiées par la magie des fées inconnues. Elle apparaît ainsi l’antique cité phocéenne, estompée sous les transparences d’une brume légère, devant les résilles des mâts et des cordages dessinés nets et noirs sur le fond miroitant des bassins. Les phares tout blancs, comme de grands cierges éteints, ce soir s’allumeront pour guider les marins ; mais il me plaît de croire que leur flamme pieusement vacille au bord de la mer immense