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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/260

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PARTENZA…

Nous approchons de San Miniato par des routes unies bordées de villas somptueuses dont les façades claires luisent entre les verdures des parcs. Autrefois la vue devait être toute semblable sur Florence immobile, telle que nous la voyons en ce moment, non pas sous la houle tumultueuse des villes ordinaires, mais comme une assemblée très sage de vieilles maisons de haut style, de palais anciens, de chapelles et de basiliques réunis avec déférence à l’ombre de ces deux grandes aînées, l’antique Seigneurie et l’église de Sainte-Marie-des-Fleurs : le bouclier et la branche d’olivier.

Il faut passer sans arrêt au pied de San Miniato où j’aurais aimé suivre Dante Alighieri qui venait d’y entrer, me semblait-il, à l’instant, sous mes yeux. Je me plaisais à me donner l’illusion de le rencontrer là, il y a quelques minutes, sur le chemin ; voûté légèrement, il allait avec son visage austère percé d’yeux rêveurs égarés sur Florence ; le vent frais agitait sur sa tête au profil d’aigle les feuillages de sa couronne de lauriers ; et quand il marchait, j’entendais le froufrou de l’étoffe lourde de sa robe aux rudes plis ; il suivait le bord de la route, sans bruit, penché sur le gouffre d’air limpide d’où jaillit Florence dorée, grise et bleue, ainsi qu’une oasis de fraîcheur et de beauté qui s’offrait toute à celui qui revient de l’Enfer

Et Florence s’étend là, tellement éblouissante ! infiniment belle et harmonieuse, telle que nous ne devons plus la revoir, rigide en ses somptueux vêtements de pierre brodés de souvenirs augustes, avec, élevées en