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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/209

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PARTENZA…

amoureuses d’une chair pour qui ne sont ni les voluptés, ni l’amour ; une voix étrange faite de caresses, faite d’enlacements, fraîche, sonore, veloutée, savoureuse et dangereuse comme un fruit vénéneux ; étendue et lointaine, avec des mouvements lascifs comme tout un Orient de plaisirs ; avec une harmonie majestueuse et sereine aux rythmes paradisiaques et berceurs ; une voix paresseuse comme la fumée nonchalante des encens ; limpide comme les yeux des enfants de chœur ; chatoyante comme des ailes de bengali ; lumineuse comme les grands vitrails où s’éteignaient les saintes et les saints de rubis et d’émeraudes ; souple, et de lignes pures comme les reins nus du danseur Bathylle ; païenne, oh ! si païenne, que le désespoir me vint avec la foule des pensées mauvaises dans ce temple où je devais adorer le Pur entre les purs, le désespoir d’obsessions odieuses que je ne pouvais chasser… Le chant était adorablement beau ; chaque note, chaque frémissement était une image, un cri sensuels, obscènes presque ; ce chant qui montrait sa nudité souffrante, monstrueusement souffrante et mutilée pour qui, aveugle, ne sont plus les clartés du jour ; glacée, ne sont pas toutes les suavités, les tièdes effluves d’avril, l’immense floraison de toutes choses et la poussée vers la vie, vers le renouvellement, vers la création !…

Tout cela tombait de la bouche du chanteur debout dans la tribune aux balustres alternés de marbre et d’or, sur la tête des vieillards enveloppés d’hiver, sur la tête des jeunes hommes splendides de printemps… Et je me souviens encore que la voix insexuée vint