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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/20

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PARTENZA…

petites barques au repos dans le Vieux-Port, à l’extrémité de la Cannebière.

Les marchandes du cours Saint-Louis sont obligées de laisser le vent, ce grand semeur, emporter la presque totalité du parfum de leurs jolies fleurs ; et cela, mêlé à l’âcre senteur des algues, aux poussières des embruns, est déjà réjouissant au possible. Le long des quais, les marchands de coquillages gris enveloppent si bien de varechs et de mousses marines aux transparences d’émeraudes mouillées leur laide petite marchandise, qu’elle en devient appétissante ; les oursins, qui ardent autour de leur corps étrange les piquants sous lesquels ils ont l’air de grosses châtaignes, deviennent presque aimables, et l’on devine des trésors de perles enfouies sous la nacre rugueuse des huîtres humides, bâillant au soleil et laissant sur les mousses d’émeraudes déborder de fraîches coulées d’eau de mer. C’est qu’il vient de se montrer enfin, le soleil, sans qui toute cette côte méditerranéenne semble en deuil ; et ses clartés jouent de toutes parts, se répandent en mille étincellements sur la crête des vagues menues sous le vent un instant apaisé, rient de la belle joie d’un soleil provençal dans tout le peuple endimanché, pressé de jouir, heureux d’aller par ses quais gercés et noircis sous la brise du large qu’il fait bon respirer, par ses ruelles ténébreuses aux loques sordides, aux misères irrémédiables, soudainement transformées au soleil qui change les unes en oripeaux éclatants et verse sur les autres de longues traînées d’espoir…

Auprès de la Cannebière, devant la mer, une façade