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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/191

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PARTENZA…

cigales qui se rient du labeur des fourmis. Ses faubourgs promènent sur la courbe du golfe, jusqu’au Vésuve, leurs misères et leurs chansons, le bariolage clair des choses, le brouhaha joyeux des gens ; et quand nous pensons qu’ils souffrent, noos nous trompons : ils marchent dans un rêve ; à peine se réveillent-ils pour « manger macaroni », mordre à belles dents à même les pastèques et les melons sucrés conservés sur chaque fenêtre de chaque maison, à côté des chapelets de piments rouges qui sèchent au soleil. Ils mangent, ne font rien et se rendorment ensuite.

Heureuse ville, fainéante et molle, mais belle vraiment et presque majestueuse d’insouciance : Naples la Fainéante, otiosa Neapolis ! On dit que les îles, Capri, Ischia échappées à notre course trop rapide, sont les portes somptueuses ouvertes sur l’Orient de blancheurs, de rayonnantes lumières, de palmiers roses et souples bercés dans le ciel bleu ; Naples aussi a déjà cette hère indolence et cette beauté des grandes cités orientales assises tranquilles au fond des golfes d’azur, hiératiquement belles dans l’immobilité de leur geste, accroupies, indifférentes devant les civilisations grises qui passent et jettent à travers leur ciel limpide la fumée noire des machines, opposant à leur nonchalance si jolie le heurt des membres tordus sous le travail ; le han !… pénible et dur de l’effort au sourire né sans fatigue des lèvres rouges ouvertes sur les dents éclatantes, tandis que les yeux noirs brillent sans appréhension du lendemain, libres de contrainte, étonnés et rieurs comme des yeux d’enfants.