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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/19

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I

Dimanche, 20 décembre.

On nous affirme que c’est un demi-mistral seulement, ce vent aigre qui balaie tout Marseille et se déchire en hurlant à chaque coin de rue ; dans ce cas nous devons nous estimer très heureux, car un mistral entier n’eût certainement pas laissé pierre sur pierre de toute la cité, revêtue ce matin d’une vilaine teinte grisâtre où le soleil de Provence ne parvient pas à insinuer la plus légère dorure. Les gros nuages, comme de monstrueuses boules d’ouate, passent au galop, durement fouettés par le vent qui les roule l’un sur l’autre en rangs serrés, ne laissant place entre eux à aucun lambeau d’azur.

La rue est gaie cependant : c’est dimanche. Le temps va-t-il bien vouloir se faire beau tout à l’heure et donner congé à cette folle moitié de mistral, qui vraiment gâte la joie que nous avions eue hier de quitter Paris enseveli sous la neige si vite transformée en boue ?

Ici, du moins, tout est sec, et puis voilà le mol balancement des grands bateaux et des milliers de