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Page:Achilles Essebac - Partenza-vers la beauté.djvu/148

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PARTENZA…

Par des rues secondaires et tortueuses, nous traversons la ville alanguie d’abandon et de clarté. Le guide, très discret, me fait entrer dans l’étroite et hospitalière demeure où Vénus accueillante recevait les sacrifices, et me traduit les inscriptions tracées là, au-dessus des lits de pierre très petits. La plupart sont écrites dans la langue d’Ovide ; plusieurs sont tracées en grec, et aucune ne s’écarte, dans ses trop libres confidences, d’une recherche de pensée et d’expression vraiment surprenante en ce lieu et en les circonstances qui produisent ces tendres expansions. Nos murailles modernes ne connaissent plus de tels raffinements.

Nous avons eu la chance rare d’ètre seuls, cet aprèsmidi, à parcourir les ruelles de Pompéi, seuls avec notre guide, un jeune homme froid, au visage pâle et grave ressemblant d’une façon que je ne puis m’empêcher de noter, à ce portrait de Sculpteur[1], du Bronzino, — oh ! dans les Bronzino, la grâce attirante et voluptueuse des mains ! — suspendu, au Louvre, au-dessus du sourire immobile de la Joconde. À la rigoureuse nomenclature des choses et des chiffres, il a bien voulu ajouter quelques mots personnels en réponse aux questions que je lui adressais ; un contact un peu plus long, je le sentais, l’aurait fait se départir d’une réserve quelque peu délaissée cependant dans la maison de joie. J’aurais eu grand plaisir à lui voir donner libre cours à l’aimable érudition qui, par moments, perçait timide entre les mots.

  1. Actuellement dans la Grande Galerie du Louvre, entre un Fra Bartolommeo et une Sainte Famille d’Andrea del Sarto.